dimanche, 10 juin 2007

C'est la dernière fois que je loupe Pina

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Il y a quelques années, j'ai eu la chance de découvrir un spectacle de Pina Bausch. Impossible de me souvenir du titre, mais ça parlait d'amour et ça m'avait violemment émue. Les danseuses y portaient des stilettos rouge sang et de longues robes fluides incroyablement expressives. Leurs cheveux étaient longs et libres. Je ne savais pas que ça pouvait être ça, la danse contemporaine. 

Je ne connaissais rien à la danse. J'avais découvert Pina Bausch dans Parle avec elle, d'Almodovar, comme des millions de gens. Quelques mois plus tard je m'étais rendue au spectacle parce que les affiches dans le métro m'avaient plu et que j'avais un très bon comité d'entreprise. 10 euros la place en catégorie 1... à l'époque je ne m'étais pas du tout rendue compte de la chance que j'avais. Le soir du spectacle j'avais bien noté les dizaines de gens agglutinés devant les portes du Théâtre de la Ville, l'oeil suppliant et un papier à la main signalant qu'ils cherchaient des places, mais j'avais trouvé ça normal. Ces idiots s'étaient réveillés trop tard, croyais-je.

Donc quand cette année j'ai vu les nouvelles affiches dans le métro pour Bandonéon et Vollmond et qu'une amie m'a dit qu'elle mourait d'envie d'aller voir "son premier Pina", je me suis dit fastoche, yaka aller chez le marchand acheter sa place. Ah ah, la bonne blague ! Comme si Pina n'était rien d'autre qu'une vulgaire chanteuse aux places de concert en vente chez Virgin ! Je n'y étais pas du tout. Pour espérer voir Pina, j'ai découvert qu'il fallait appeler tous les matins à 11h pendant 10 jours (avec un téléphone dans chaque oreille pour avoir l'illusion de doubler ses chances), se faire raccrocher au nez à chaque appel, et comprendre le dernier jour que des gens font la queue depuis 7h du mat' devant le Théâtre de la Ville pour la même chose que vous.

Mon échec cuisant a eu plusieurs conséquences. La première, c'est que chaque affiche du spectacle croisée dans ce fichu métro me donne des envies de meurtre. Chaque article de presse évoquant Vollmond fait naitre en moi un irrépressible grincement de dents. C'est que tous ces sauts d'eau que les danseurs s'envoient à la figure, je sens que ça m'aurait grave plu. J'ai bien songé à aller me poster devant le théâtre les soirs du spectacle comme les malheureux que je méprisais quelques années plus tôt, mais j'ai ma fierté quand même. Non, je vais faire mieux que ça : je vais suivre l'exemple de Lalalisasa et je vais m'abonner. Comme une grande. Pour ça, faut juste que je tire au sort les cinq autres spectacles que je compte aller voir. Pour quelqu'un qui déteste le théâtre et qui ne connais rien à la danse, je sens que ça va être facile. Si vous avez des conseils, je suis preneuse.

 ***

Edit (lundi 16h30) : grâce à vos conseils j'y vois un peu plus clair, merci ! J'ai également appelé le Théâtre de la Ville pour en savoir plus sur la démarche d'abonnement. Ils sont adorables mais leur système n'est tout de même pas ultra simple à première vue, je peux donc vous expliquer deux-trois trucs, ça intéressera peut-être des gens dans le même cas que moi. Donc pour voir Pina l'année prochaine, il faut prendre un abonnement à minimum 6 spectacles. Je vais par conséquent partir sur la base d'un abonnement à 4 + 2 spectacles (on a le choix entre un abonnement à 4 ou à 10 spectacles, les prix étant dégressifs). Après étude du catalogue, je n'hésite plus qu'entre les spectacles suivants :

- Shantala Shivalingappa

- Sidi Larbi Cherkaoui

- De Keersmaeker

- Ballet de l'Opéra de Lyon

- Akram Khan

- Merce Cunningham

- Angelin Preljocaj

- Maguy Martin

- Sasha Waltz

Le choix est difficile, mais j'ai déjà vu des spectacles de Cunningham et Preljocaj et ça ne m'avait pas beaucoup touchée (désolée), je pense donc privilégier les premiers noms de ma liste... Qu'en pensez-vous ? Faut-il que je rectifie le tir parce que là je loupe des trucs démentiels que je vais regretter ?

Deux détails d'importance : finalement je n'ai pas à stresser pour l'envoi de ma demande d'abo, les nouveaux abonnements ne sont en effet traités que début juillet, il est donc recommandé de n'envoyer son dossier (choix des spectacles et des dates + coordonnées) que fin juin. Ouf ! Et dernière chose : si je n'obtiens pas de place pour Pina Bausch, j'ai la possibilité d'annuler tout mon abonnement. Je ne sais pas encore si c'est ce que je ferai, mais cette possibilité est plutôt rassurante.

vendredi, 08 septembre 2006

Rêver, grandir et coincer des malheureuses

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Ce soir, j'ai écouté Frédéric Recrosio nous parler deux heures de sa vie sexuelle au Théâtre Trévise. D'habitude je n'aime pas les théâtres, ni les comiques, ni les one-man-show, ni le sexe. Je plaisaaante. Mais avouez que c'est tout de même assez casse-gueule comme sujet. Et pourtant, j'ai adoré. C'est drôle, juste, jamais vulgaire. Recrosio raconte avec talent ses premiers émois, recense ses inombrables maladresses face aux filles, avoue ce que tout le monde tait. C'est touchant tant ça sent le vécu, et le jeune homme est charmant (je me demande combien de filles il a réussi à séduire grâce à son spectacle). Et puis avec Billet Reduc, on tombe sur des super plans : normalement les billets sont à 15€, mais moi j'ai réussi à attraper deux billets gratis !

 

 

Rêver, grandir et coincer des malheureuses

Biographie sexuelle d'un garçon, pas mieux

Théâtre Trévise, du mardi au samedi, à 21h30

Jusqu'au 23 septembre 2006.

mercredi, 08 février 2006

Envoutée par Goldfrapp

Ce soir, j'étais au concert de Goldfrapp, à l'Elysée Montmartre. Prestation impeccable, Alison tirait bien la tronche comme il fallait (regard froid qui tient à distance pour faire comme Marlène, pas un mot au public - très gay - pour réchauffer l'atmosphère), sa tenue était à la hauteur (cape plissée rose shocking sur débardeur et jeans noirs), les chansons étaient parfaites (c'est à dire comme sur les CD), les jeux de lumières étaient bluffants... Rien à redire. Rien d'exceptionnel et de touchant non plus. Sophie Auster m'a par exemple transportée bien plus loin.

 

En revanche, chez Sophie Auster, il n'y avait pas ça :medium_dscn5688.jpgmedium_dscn5675.jpg

(désolée pour la qualité pourrie des photos)

 

Quatre danseuses montées sur scène pour théatraliser une poignée de chansons. Quatre bombes au visage caché tour à tour par une tête de loup, de cheval en strass, ou des masques. Des déesses sans visage aux chorégraphies robotisées, aux tenues d'androïdes gracieux que McQueen ne renierait pas.

 

Vous ne pouvez pas vous imaginer le trouble dans lequel ces filles m'ont plongée. Une surtout, la plus grande, de loin la meilleure danseuse. Elle sur scène, Alison n'existait plus, c'est vous dire. Je ne suis d'habitude pas attirée par les filles, mais j'avoue que celle-ci me faisait un drôle d'effet. Le plus étrange, c'est que quand, à la sortie, j'ai demandé à mon chéri ce qu'il en avait pensé, il m'a répondu que ça le laissait de marbre et qu'il n'aimait pas les filles sans visage. Peut-être que c'est justement ce que j'aime : un pur fantasme.

mercredi, 11 janvier 2006

Crâneuse

Dans trois mots, j'en connais une qui va me dé-tes-ter. Voilà : je viens de passé la soirée à cinq mètres de Paul Auster et de Siri Hustvedt. Miss Pink, t'es toujours là ? Le plus drôle, c'est que leur illustre présence s'est avérée n'être que la cerise sur le gâteau. Je m'en vais vous raconter tout ça.

Comme vous avez sûrement pu vous en rendre compte à la lecture de ce blog, je ne suis pas très branchée musique. J'ai mon petit panthéon personnel (Massive Attack, Garbage, Tori Amos, Cowboy Junkies, Goldfrapp, plus quelques autres qui varient selon la saison), et je ne m'aventure que rarement au delà. Heureusement, j'ai un chéri avec de bonnes antennes. La semaine dernière, il m'a demandé si j'aimerais l'accompagner au New Morning pour y découvrir Sophie Auster. J'ai fait 'mouais' et il a booké deux billets. Les enfants de stars ne m'inspirent pas confiance, mais ce ne sont pas n'importe quelles stars, ce sont les auteurs de Moon Palace et de Tout ce que j'aimais, des histoires qui m'ont emmenée si loin que je ne suis pas sûre d'en être totalement revenue.

 

A 21 heures aujourd'hui, nous sommes dans la salle. Je ne m'attends à rien, je suis juste heureuse d'être au New Morning pour la première fois, mon amour dans la main. La salle se remplit progressivement dans une semi-pénombre même pas enfumée, la clope étant interdite (je vis dans un monde où même les clubs de jazz sont non fumeurs, tout fout le camp). 

Et puis je tourne la tête et je les vois. Exactement comme sur les photos des quatrième de couv' de leurs bouquins (d'habitude les gens célèbres sont plus vieux en vrai qu'en images). Lui le regard fixe, le nez précis, les cheveux gris anthracite. Elle souriante, blonde et très belle. Au même moment mon chéri me souffle "don't stare at them" mais je m'en fous, je les star si je veux, ils n'ont qu'à débrancher leur magnétisme. Je ne suis d'ailleurs pas la seule à couler vers eux de drôles de regards curieux. Je me mets à guetter les visages dans le public, c'est si drôle de voir tous ces intellos à l'air morne brusquement se réveiller à leur vue. J'ai envie d'aller glisser à Paul que j'aime beaucoup ce qu'il fait mais que ça me ferait plaisir si pour une fois il nous écrivait un truc un peu plus joyeux et un peu moins déprimant, juste une fois, mais il est en grande discussion avec un mec dont le visage me dit vaguement quelque chose, alors je m'abstiens. Je me contente de sentir ses ondes brooklyniennes me traverser.

Et puis le spectacle commence. Pas de Sophie, juste un accordéon, une claviola, une contrebasse, animés par des mecs très juifs new-yorkais qui se mettent immédiatement la salle dans la poche.

La musique, c'est comme les voyages. C'est quand on la redécouvre que l'on comprend à quel point elle nous a manqué. Mes oreilles n'avaient pas joui du live depuis trop longtemps. L'enchevêtrement des voix des deux chanteurs me met dans tous mes états. J'oublie Paul et Siri, j'oublie Sophie, j'ai déjà mon compte pour ce soir. Ce groupe, One Ring Zero, me renvoie à des sons oubliés mais chéris : la voix grave de Nick Cave, celle plus douce du Fool's Garden de mon adolescence (Lemon Tree), des scènes de Delicatessen (le leader du groupe joue aussi du Theremin sous nos yeux ébahis, un instrument qui émet des bruits étranges sans qu'on n'ait besoin d'y toucher et qui me fait bizarrement penser à la scie musicale de Dominique Pinon), l'accordéon de Yann Tiersen, une touche de Leonard Cohen mais je rêve peut-être... Me voilà toute chavirée.

Et puis elle se présente devant nous. Longue, nerveuse et pure. Incapable de cacher son trac, elle lance trois mots en français et se dépêche de commencer à chanter. Merveilleusement. Sa voix chaude et puissante fait instantanément oublier ses 18 ans. Nous nous rendons à l'évidence : cette fille est une bombe, une future star que nous avons la chance d'apercevoir encore vierge. Aucun agent n'est venu la conseiller de moins sourire pour cacher son embarras, aucun coach ne lui a appris à danser comme une pro, aucune habilleuse ne l'a convaincue de troquer son jean noir pour une robe glamour. Pour l'instant, Sophie montre ses grandes dents blanches à tout bout de champ, ne sait jamais trop quoi faire de ses longues mains, et entre deux paroles, elle esquisse des pas de danse adolescents terriblement sensuels. Un diamant brut avec un t-shirt de Tina Turner sur la poitrine, toujours plus chic que Britney. Elle chante des textes de son père et d'elle, des poèmes de Tzara, d'Eluard et de Soupault. Allez l'entendre et la voir prononcer "les jours s'en vont je demeure", vous m'en direz des nouvelles.