mardi, 10 avril 2007
Impressions new-yorkaises 3
Oui, je sais, je prends mon temps.
Après mes impressions générales sur l'amabilité des new-yorkais, Barneys et le style casual, j'ai envie de faire un point sur le Meatpacking District, dont Pastis semble être le centre névralgique :
Ce bar-restau m'a paru beaucoup trop branché pour m'y arrêter (en gros, la Perle locale - le bar du Marais prisé de Face Hunter), mais le reste valait le coup d'oeil.
Mais un bref rappel historique s'impose : il y a une cinquantaine d'années, la ville de New York a développé un meatpacking district, littéralement un quartier de la viande, entre la 15ème rue et Gansevoort Street, en bordure de l'Hudson (à l'ouest de la ville, au dessus de Greenwich Village). La viande y était alors découpée et emballée industriellement, avant d'être envoyée vers le centre de la ville. Au début des années 1990 le quartier s'est transformé et de nombreux entrepôts ont laissé la place à des boutiques et des bars à la mode.
Le résultat est assez étonnant : je m'attendais à une sorte d'Hoxton Square (le quartier in de l'est londonien), en fait ça ne ressemble à aucun autre endroit. Le quartier ne fait que quelques rues, mais les allées sont si larges que l'ensemble dégage une impression d'espace très agréable. On y respire... une drôle d'odeur âcre. Tous les entrepôts n'ont en effet pas (encore) fermé, et c'est justement ce qui garantit l'authenticité du lieu : Diane Von Furstenberg et Stella McCartney ont beau y avoir leur boutiques chic, le lieu sent encore la viande. Le contraste est sûr de plaire à tous les branchés en mal de décalage.
En revanche légère déception pour les boutiques en question, trop prétentieuses pour moi. Tout y est très cher voire over-priced, certaines boutiques de créateurs se croient pointues mais vendent surtout de la came à la qualité douteuse... moyen moyen. Les nombreux espaces encore vacants laissent deviner que le lieu est loin d'avoir atteint sa maturité commerciale : dans quelques années le quartier aura sûrement gagné en attractivité shopping ce qu'il aura perdu en authenticité. A suivre.
En attendant, j'ai heureusement pu me repaître de mode chez Jeffrey, le merveilleux concept-store de Jeffrey Kalinsky, ancien acheteur chaussures chez Barneys qui fut l'un des premiers à oser s'installer dans le Meatpacking District. Son vaste magasin ressemble au Corso Como milanais : la sélection de fringues y est divine, le merchandising sobre et minimaliste, l'accueil chaleureux. Les chaussures sont la spécialité de la maison, toutes les grandes marques étant présentes. C'est fou, les américaines sont tellement plus "chaussures" que nous ! Je n'ai jamais vu autant de Louboutin et de Pierre Hardy qu'aux Etats Unis. Nous sommes à la traine... faut que je poste sur l'importance grandissante des chaussures dans nos armoires, mais je m'égare.
Une chose en particulier m'a frappée chez Jeffrey, qui m'avait justement déjà surprise chez Corso Como : l'abondance de pièces présentées. Là-bas, l'objectif de vente passe avant la netteté visuelle du magasin. Les rayons débordent de marchandises parce que tout est pensé pour répondre aux besoins insatiables des clientes. Ca fait réfléchir sur les rayons créateurs - plutôt maigres - de nos grands magasins, sans parler de ceux de Colette...
C'est une catastrophe ce récit de voyage : plus j'en écrit plus j'en ai à dire. Je ne vous ai même pas encore parlé des restaus, ni du MoMA, ni de Brooklyn... un jour, peut-être.
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jeudi, 05 avril 2007
Impressions new-yorkaises 2
11:05 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Barneys, New York
mercredi, 04 avril 2007
Impressions new-yorkaises 1
14:20 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
mardi, 03 avril 2007
Back from New York
Me voilà de retour de mon weekend à New York.
Jetlaguée mais heureuse d'avoir vu tant de choses en quatre jours. Je ne sais pas trop comment vous en parler, j'ai la tête pleine d'impressions contrastées... On verra ça demain, à tête reposée. Une chose néanmoins : ne vous attendez pas à trop de photos. Ce weekend, j'ai déposé les armes et me suis accordé de vraies vacances. Point de looks donc, que de toutes façons le Sartorialist prend bien mieux que moi.
En attendant mes réflexions (parfois mesquines !), je vous laisse avec une image prise lundi à l'American Museum of Natural History. Parce que New York reste pour moi, avant tout, un lieu de pélerinage Wes Andersonien.
22:50 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : New York
mardi, 27 mars 2007
New York New York
Je pars jeudi à New York pour le weekend. C'est le cadeau de mon chéri pour mes 31 ans : j'ai du mal avec cette année de plus, j'aimais bien dire que j'avais 30 ans, voilà dix jours que je ne parle que de mon âge... mais mon amoureux sait comment me consoler, ouf !
Comme d'habitude je suis preneuse de vos bons plans. C'est la seconde fois que je vais à New York, je sais déjà quels musées j'ai envie de (re)voir, pour les adresses vintage j'ai ce qu'il faut. En revanche pour le reste n'hésitez pas ! Je suis là jusqu'à jeudi matin, retour prévu mardi matin.
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dimanche, 04 février 2007
Tokyo 5, suite et fin
Je vais être rapide parce que là ça commence à sentir le réchauffé. Sachez tout de même que le New York Bar du Park Hyatt est aussi beau en vrai qu'en film. L'atmosphère feutrée donne envie de ne jamais repartir, les cocktails y sont sucrés comme j'aime, la musique douce, la vue fascinante... l'un de mes meilleurs souvenirs de Tokyo (mais mon avis est biaisé tant j'ai aimé Lost in Translation).
Dimanche, mon dernier jour à Tokyo, j'ai trainé Mademoiselle à Koenji, le quartier du vintage.
La fripe à la japonaise comporte quelques spécificités : le merchandising y demeure impeccable avec toutes les pièces délicatement rangées par couleur ; quand vous entrez, la boutique sent... rien, pas la moindre odeur d'antimite pourri (marque de fabrique de tout magasin de puces occidentales qui se respecte) ; le neuf se marie allègrement au seconde main sans que personne n'y trouve rien à redire. L'offre était pas mal, j'aurais même peut-être craqué pour une veste en fourrure si les manches ne m'étaient pas arrivées aux coudes.
Fin d'après'm, thé chez Mariage. En partant je prends à la volée ce qui restera la photo préférée de mon voyage, sous l'oeil désaprobateur du patron :
S'ensuit un diner mémorable chez Mikura, un exquis restau kyotoïte (je tiens ma revanche !) qui parvient même à me faire aimer les légumes. Le tofu en revanche, non, je ne pourrai jamais, désolée. On nous sert des tas de petites bouchées dans une sorte de salon particulier ultra zen (comme d'hab avec Mademoiselle), même les autres français de la table on du mal à comprendre la serveuse, traduisez : c'est un diner japonais, un vrai de vrai, mon dernier au pays du Soleil Levant !
En repartant je n'oublie pas mon parapluie au "vestiaire à parapluies" :
On ne vole en effet que deux choses au Japon : les parapluies, un peu considérés comme des biens communautaires - on les dépose à l'entrée des magasins, on les reprend en sortant sans plus trop savoir lequel est le sien - et les vélos - le soir les gens qui ont trop bu ont peu de scrupules. D'où le "local à clés" très fréquent à l'entrée des restaus. A part ça, on s'habitue très vite au fait que rien d'autre ne nous sera jamais volé. Un sac à main grand ouvert dans le métro n'a rien à craindre, un appareil photo oublié sur une table de café s'y trouvera encore trois heures plus tard... difficile à croire pour une française, mais on s'y fait, et c'est quand on rentre à Paris qu'on trouve le vol choquant.
Après le diner et malgré l'heure tardive, Mademoiselle tient à me faire faire une balade nocturne à Odaïba par la ligne Yurikamome. La baie de Tokyo de nuit est indescriptible, vous n'en saurez donc pas plus.
Le lendemain, l'heure du départ a sonné. Sur le quai du Narita Express, le train qui doit me ramener à l'aéroport, j'ai une légère hésitation face au marquage au sol : vais-je réussir à trouver la voiture 5 ?
Grâce à l'aide de quatre personnes, la réponse est oui.
J'attends sagement mon train en repensant à une discussion de la veille avec Mademoiselle (désolée, je vais plomber l'ambiance sur la fin mais faut absolument que je vous raconte ce truc). Pour la nième fois depuis le début de la semaine, je lui disais à quel point j'appréciais le fait que tout "marchait" à Tokyo, les transports en commun en particulier : jamais un retard, jamais un problème technique, la fluidité absolue. "Pas comme à Paris, où je me suis encore retrouvée coincée trois quarts d'heure dans le RER la semaine dernière à cause d'un accident voyageur" lui dis-je. Là Mademoiselle échange un sourire gêné avec son chéri et s'en va m'expliquer ce qui se passe au Japon quand pareil accident survient. En fait, les suicides dans le métro sont si nombreux là-bas que les autorités ont mis en place des règles que nous qualifierons de...strictes. La famille du suicidé doit en effet indemniser chaque passager immobilisé "par sa faute" au prorata du nombre de secondes qu'a duré le blocage. Quand on voit la cohue presque permanente dans le métro, on n'a aucune peine à croire que la somme atteint immanquablement des millions de yens. La famille doit également faire des excuses publiques. Moralité : si vous voulez vous venger de votre famille, choisissez une heure d'affluence et une grosse gare comme Harajuku ! [Toutes mes excuses pour ce cynisme aussi inhabituel que déplacé, je crois que c'est parce que cette anecdote très révélatrice de la société nippone m'a un peu choquée.
A l'aéroport je fais le plein de KitKat à la fraise et de grelots Hello Kitty pour téléphones portables. Je passe mes dernières heures sur le sol nippon à finir Un été japonais, de Romain Slocombe. Comme l'auteur, je n'ai plus qu'une envie : reprendre un billet pour Tokyo aussi vite que mon compte en banque me le permettra. Cette fois, ce sera en été, et en amoureux.
23:05 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
vendredi, 02 février 2007
Tokyo 4
Vendredi, 18h, retour de Kyoto à Tokyo par le Shinkansen. Au bout de cinq minutes mon voisin cravaté dégaine son bento, sorte de boite-repas. Je louche dessus tant ça a l'air succulent (n'oubliez pas que je suis alimentairement frustrée depuis deux jours). Pourvu que Mademoiselle m'attende pour diner ! En attendant je m'ouvre un paquet de Mikado locaux (avec le chocolat à l'intérieur). Cela fait des heures que j'attends de pouvoir goûter. Pourquoi ? Parce qu'au Japon, il est mal vu de manger ailleurs qu'à proximité d'une table. On ne grignote pas dans la rue, on ne s'enfile pas goulûment un sandwich dans les transports en commun. Bref, on sait se tenir ! Pour moi qui à Paris passe mon temps à me baffrer de junk food en marchant, l'adaptation est un peu rude. Heureusement, dans le train, il y a une tablette, on a donc le droit de pique-niquer, ouf.
En rentrant à mon hôtel, je tombe sur ça dans le métro :
J'adore cette affiche, sorte de retour à l'envoyeur : Sofia Coppola n'aurait sûrement jamais eu les moyens de créer sa Marie Antoinette sans son précédent petit film tourné à l'arrache à Tokyo.
Quatre jours que je suis au Japon et je n'arrive toujours pas à m'habituer à la vue des nombreux japonais en train de fumer partout. De vrais pompiers, ce que je trouve très étonnant dans un pays apparemment si porté sur la sécurité, la santé, l'hygiène. Voilà bien l'un des seuls points sur lesquels le Japon est manifestement en retard par rapport à la France. En revanche, dans la rue les fumeurs sont invités à ne s'adonner à leur vice qu'à certains endroits :
Mais les japonais ne sont pas si disciplinés que ça, je croise à tout bout de champ des gens, ados ou salary men, en train de fumer en pleine rue loin des smoking areas. Les restaus et cafés disposent également presque systématiquement d'une zone fumeurs.
Je retrouve mon hotel chéri avec une joie non dissimulée. Je bénis son confort et son chauffage à fond, je fais des bonds sur le vrai lit, je consulte mes mails avec frénésie sur mon laptop et... j'apprécie la cuvette chauffante des toilettes. Riez, on voit bien que vous n'avez jamais essayé ! Vous n'imaginez pas à quel point c'est agréable, surtout quand vous arrivez du dehors où il fait 6°.
Le soir, Mademoiselle me donne rendez-vous au Grand Hyatt. "C'est à Roppongi Hills, prends un taxi sinon c'est compliqué". Nous allons diner à un sushi tournant. Plus je mange de sushis, plus j'ai envie d'en manger. Pire que le chocolat !
Nous nous rendons ensuite au 52ème étage de la Mori Tower toute proche. J'ai toujours adoré les vues panoramiques des grandes villes mais là, Tokyo prend carrément une autre dimension. De jour, la capitale n'a rien de "beau". Elle manque de cohérence architecturale, les fils électriques (rien n'est enterré à cause des tremblements de terre) brisent la ligne des immeubles, les autoroutes barrent sans complexes certains quartiers... De nuit, le paysage change de nature. On est enfin dans Blade Runner !!! Les gratte-ciels scintillent, les parcs forment d'étranges masses sombres et compactes, les routes glissent à perte de vue. Tout est plus impressionnant, à la fois bourdonnant et silencieux. Et puis il y a le pouvoir hypnotique des lumières rouges sur le toit des bâtiments les plus hauts. Des points qui clignotent doucement, sûrement par mesure de sécurité aérienne. Ils sont si nombreux qu'on ne voit qu'eux. Je pourrais rester des heures plantée là, le front collé à la vitre, les yeux rivés sur le coeur de Tokyo qui bat devant nous.
Plus tard, je m'endors comme chaque soir en priant pour ne pas être réveillée par un tremblement de terre.
Le lendemain samedi, je vais faire un tour à Ginza, qui n'a pas un grand intérêt : de grandes avenues, des magasins de luxe, rien de plus.
Je me rends ensuite à Shinjuku, quartier de néons et de magasins extrêmement animé, surtout le weekend.
Je me perds un bon quart d'heure dans la gare (je crois que c'est la plus grande du Japon), puis décide de partir à la recherche des pellicules de Pola qu'une amie m'a demandé de lui rapporter. J'entreprends donc de trouver Yodobashi, le grand magasin spécialisé en électronique. Une fois à l'intérieur, je comprends que je suis dans le Gibert Jeune du matos photo. Impressionnant. On m'indique le bâtiment, je me retrouve à un étage entier de pellicules photo. L'argentique n'est pas près de mourir au Japon !
Je vais aussi voir Isetan, le grand magasin chic (mais pas aussi chic que le Bon Marché !). Je passe en revue les marques de mode en vente. Ma préférée est de nouveau Tricot de Comme des Garçons, mais c'est le rayon des cartables pour enfants qui m'intrigue le plus :
Avouez que c'est plus joli qu'un Tann's, le cartable top cher que ma mère m'a toujours refusé (eh oui à 6 ans j'avais déjà envie de cuir) ! Ils sont fabriqués dans un cuir lisse et résistant, disponibles en plein de couleurs... pour la modique somme de 40 000 yens minimum (250 euros). A ce prix là, j'imagine que les enfants japonais n'en ont qu'un dans leur vie !
De retour à Shibuya, je vais faire un tour à Food Show avant de retrouver Mademoiselle. J'adore cet endroit, sorte de Grande Epicerie au sous-sol de la gare. Tout de donne faim : beignets, poissons crus prêts à être dégustés, amuse-gueules au wasabi, desserts pastels... un aperçu du Japon à ne pas manquer !
Dehors il pleut, la tête me tourne, envie de mettre sur pause toute cette foule autour de moi. Heureusement Mademoiselle arrive, on peut passer en mode zen. On monte dans un petit bus tranquille (Transse) et en route pour Daikanyama, un autre quartier shopping calme et trendy. Là bas les rues ne sont pas débordantes de monde, les bâtiments n'excèdent pas deux étages, l'atmosphère est détendue.
L'omniprésence de Paul Smith me surprend, voilà une marque qui a vraiment du succès au Japon, sûrement parce qu'elle fut l'une des premières à pénétrer le marché, et à le faire sérieusement (par la présence régulière de Paul Smith himself par exemple). Je découvre ainsi Pink, sa ligne spécifique au Japon pour les toutes jeunes filles. Le merchandising y est très abouti - comme toujours chez Paul Smith - et la vendeuse y a de jolis faux cils :
Dans une autre boutique, je me décide pour la première fois à essayer quelque chose. Un t-shirt lamé à la main, j'entre dans la cabine d'essayage. Je commence à enlever écharpe et manteau quand j'entends Mademoiselle me hurler d'une voix paniquée "Géraldine, t'es déjà dans la cabine là ?". Euh, oui, pourquoi ? Je sens une vraie angoisse dans sa voix. "Sors de là tout de suite, tu n'as pas enlevé tes chaussures !!!" Je m'exécute en boudissant, toute honteuse de mon nouvel impair. A bien y regarder, je reconnais que mes bottes humides sur le tapis en peluche n'étaient pas du meilleur effet.
Nous nous reposons de nos émotions au Sign Café, devant la gare de Daikanyama, puis allons marcher le long du canal, dans le quartier tout proche de Nakameguro. Les boutiques y sont plus underground, les sélections plus pointues. J'y trouve mon unique souvenir tokyoïte : un parapluie en plastique transparent semé d'animaux blancs, encore mieux que celui de Scarlett (à chaque visionnage de Lost in Translation je flashe sur son parapluie cheap).
Suite et fin ce weekend, on y est presque !
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lundi, 29 janvier 2007
Kyoto en solo
La plus grande erreur de mon voyage au Japon aura été de sous-estimer Kyoto. Je n'avais d'yeux que pour Tokyo, j'avais toujours entendu que Kyoto était top tradi, ce que j'avais assimilé à ennuyeux, j'étais convaincue que les temples me laisseraient insensible... Si Mademoiselle n'avait pas insisté, je n'y aurais même pas passé la nuit. Quelle erreur cela eut été ! J'y suis finalement restée deux jours, mais si j'avais su que la ville me plairait tant, j'aurai prévu un jour de plus. Ma seconde erreur fut de négliger la préparation de mon escapade là-bas, mais ça, je vous laisse vous en rendre compte au fur et à mesure de mon récit.
Kyoto est l'anti-thèse de Tokyo. Calme, chargée d'histoire, avec un petit air provincial qui fait un bien fou après la frénésie de sa rivale. Là-bas tout se fait en bus, les dimensions sont plus humaines, le rythme ralenti. On respire.
Je m'y suis rendue en Shinkansen, le fameux bullet train, sorte de TGV local encore plus confortable que le français, plus beau aussi (parce que plus phallique ?) :
Un voyage de 2h30 au cours duquel j'aurais pu apercevoir le Mont Fuji si je ne m'étais pas écroulée de sommeil. Bizarrement, il y a plein de place pour les jambes dans ces trains, et tous les sièges sont pivotables, donc tout le monde est dans le sens de la marche. Moi qui croyais qu'on avait les plus beaux trains du monde, j'en suis pour mes frais.
A l'arrivée, avant toute chose, j'ai le reflexe de suivre les panneaux indicant le centre d'information, au 9ème étage du grand magasin Isetan. Une dame parlant anglais m'apporte une aide précieuse en me remettant plan de la ville, plan de bus et informations pratiques sur les sites importants. Je lui soumets également mon adresse de ryokan (auberge traditionnelle), elle me l'indique sur la carte et me dit quel bus prendre pour m'y rendre. Me voilà soulagée (le trouver ne s'avèrera pas aussi simple mais c'est une autre histoire).
Munie d'une carte de bus pour la journée (achetée à la gare), je fonce au Pavillon d'Or.
Je ne suis pas la seule touriste dans le bus. Une dame aux cheveux gris en pétard explique plein de choses à son groupe parce qu'elle parle trois mots de japonais.
Les touristes me mettent toujours mal à l'aise, surtout ceux à l'air vaguement hippie.
Je m'éloigne d'eux à la sortie du bus en dépit d'une amorce de conversation : mon Pavillon d'Or, je tiens à m'en délecter toute seule.
Je m'attendais à quelque chose de beau, c'est bien plus que ça. Et il est vraiment tout doré !!! Joyau posé sur l'eau, il brille malgré le temps couvert.
Progressivement, je sens que je commence à comprendre ce que zen veut dire. A côté de moi, la horde de touristes asiatiques qui mitraille à tout va n'y changera rien : le lieu respire la sérénité. Ca me donne encore plus envie de lire le livre de Mishima.
Je décide ensuite d'aller méditer devant le jardin zen du temple Ryoanji, à 20 minutes de marche de là (à droite en sortant du Pavillon d'Or).
15 cailloux posés sur du sable, je croyais que ça me passerait complètement au dessus de la tête, en fait pas du tout. L'emplacement des pierres a été étudié pour que chaque angle de vue offre une vision différente du jardin, et ça marche. Les murets qui encadrent le jardin surtout me fascinent. La cire qui les enduit a coulé sous les intempéries, dessinant progressivement d'harmonieux camaïeux.
Pour finir, je pars voir le Pavillon d'Argent. Nouveau trajet en bus, puis petite rue touristique :
Après le Pavillon d'Or, forcément, je suis un poil déçue que le propriétaire du Pavillon d'Argent soit mort avant d'avoir vraiment recouvert son pavillon... d'argent :
On ne va pas exagérer, c'est quand même super beau, mais j'avoue que c'est le jardin qui m'a le plus plu, et dans le jardin, un détail insolite :
Je marche ensuite le long du vieux canal, empruntant le chemin de la philosophie. Très agréable, mais sûrement bien plus beau au printemps avec les cerisiers en fleurs.
Je décide ensuite de partir à la recherche de l'endroit où je compte dormir, et c'est là qu'on commence à se marrer.
Flashback. Quelques heures avant mon départ pour le Japon, je me réveille, un peu speed, et contacte Mademoiselle sur Gtalk : "euh dis-donc, tu me conseillerais quoi comme hotel à Kyoto ? ... Un riokan ? C'est spartiate mais c'est typique ? ... Ok, lequel ? ... Ils n'ont pas de site, tu pourrais les appeler pour réserver pour moi pleeeaaase ?"
Grâce à la bonne volonté de mon amie, j'ai donc un ryokan abordable réservé dans la partie la plus pittoresque de la ville, Gion, celle des salons de thé abritant (parfois) des geishas. Elle m'a envoyé l'adresse et quelques photos. Je n'ai pas de plan, mais je me dis qu'à force de demander mon chemin, je finirais bien par y arriver.
Tu parles. A chaque fois le japonais que j'arrête prend un air inspiré, m'indique une rue en me parlant longuement, fait des signes qui me déroutent légèrement, genre "c'est pas celle-là mais la suivante". Le manège dure une bonne demi-heure, chaque nouvelle personne interrogée m'éloignant un peu plus de l'arrêt de bus indiqué par ma dame d'Isetan. Je croise plein de geishas, mais il fait presque nuit (le soleil se couche tôt au Japon, 16h30 en hiver) et je n'ai plus la tête à prendre des photos, même pour vous mes chéris. J'ai juste envie de me poser.
Finalement j'en ai assez, personne ne sait où est ce fichu ryokan. Je me poste à une avenue et hèle le premier taxi qui passe. Nan, en fait le premier avec un petit coeur sur le toit (emblème d'une compagnie parmi d'autres), c'est plus kawaï. Une fois assise, je montre l'adresse au chauffeur, en caractères romains évidemment. Là, force bruits de gorge du monsieur, entre-coupés de silences perplexes. Grattages de tête. Malaise. Je sens qu'il ne sait pas où se trouve l'endroit en question mais qu'il ne me le dira jamais. Zut, surtout ne pas lui faire perdre la face, et surtout surtout ne pas dormir dehors ce soir. Je sors prestement le téléphone portable que je ne regrette décidément pas d'avoir loué à l'aéroport, compose le numéro du ryokan et lui brandit mon téléphone sans un mot. Longue discussion ponctuée de haï haï (oui oui). Le mec raccroche, roule 15 mètres, s'arrête, me sourit. Voilà, j'y suis. Une dame déboule d'une ruelle et m'accueille chaleureusement. Elle va me guider jusqu'au ryokan. Je paie mon chauffeur avec un sourire contrit (imaginez deux secondes la même scène à Paris où n'importe quel chauffeur vous hurle dessus si votre course fait moins de dix euros) mais mega fière de ma débrouillardise.
Le ryokan est dans une adorable ruelle bordée de salons de thé :
A l'intérieur, je me sens immédiatement projetée dans un film japonais des années 50, preuve que finalement j'ai bien dû en voir quelques uns dans ma vie, au moins en rêve. Une vieille dame boit du thé au fond de la salle, elle me sourit. Quand elle apprend que je viens de Paris, elle me sourit encore plus : "fashion" me dit-elle en désignant mon manteau vert et mon sac monogramé. Eh eh, chacun sa stratégie d'intégration, la mienne semble fonctionner.
On me demande d'ôter mes chaussures puis me fait monter à l'étage pour me montrer ma chambre. La voilà, derrière une porte coulissante :
J'ai ma chambre tout droit sortie d'une pub Obao, je suis contente. La dame me montre comment mettre en route le futon chauffant. Je me dis que je vais en avoir bien besoin tant la pièce est glaciale. Il y a bien un chauffage électrique, mais comprendre son fonctionnement si tôt ne serait pas drôle du tout, mieux vaut attendre la fin de soirée quand j'aurai vraiment froid et donc vraiment envie de le faire marcher. Douche et toilettes sont au bout d'un couloir aussi étroit que les hanches d'une asiatique. Je dois me baisser pour passer les portes, bref, je suis dans une vraie maison japonaise.
Dernière étape : trouver un restaurant. Il est 18h, j'ai une heure devant moi pour y arriver (on dine tôt au Japon). Il pleut, je n'ai aucune idée d'où aller, mais je suis d'un optimisme inconscient. Je me dis que je n'ai qu'à me fier aux plats en plastique à l'entrée des restaus, mais ceux-ci s'avèrent si poussiéreux que je passe mon chemin, espérant toujours mieux cinq mètres plus loin. De fil en aiguille, je découvre des rues pleines de bars à hôtesses, mais de restaus indiquant ne serait-ce que quelques mots en anglais à l'extérieur, point. Les enseignes ont beau être très souvent en anglais, la compréhension s'arrête là. Je rêve de soupe miso et de sushis, et je commence à sentir que je suis partie pour en rêver encore un moment.
Ce ne sont pourtant pas les restaurants qui manquent. Seulement, contrairement à la France où l'on jette des coups d'oeil à travers les vitres pour estimer l'atmosphère et le genre du lieu, là-bas les japonais semblent prendre un malin plaisir à tout bien cacher de l'extérieur pour embêter les pauv' gaïjins. De l'extérieur ne s'offre donc à nous que quelques kanjis fort utiles, avec un prix si on a de la chance. Dépourvus de textes, ceux-ci s'avèrent de toute façon peu fiables : 2000 yens peuvent aussi bien être le prix d'un sashimi que d'un repas entier. On m'a prévenue qu'au Japon, les prix des repas s'envolent vite sans prévenir, je suis donc plutôt prudente.
Me v'là bien. Je tourne, je tourne à n'en plus finir sans savoir où aller. Tous les 500 mètres un Mc Do me fait de l'oeil mais je ne descendrai pas si bas, je ne suis pas venue à Kyoto pour m'enfiler un Big Mac, je veux diner japonais, non mais. Finalement, après une heure de benchmark, j'opte pour le seul endroit se targuant d'un "English menu inside". Le menu en question s'avère une vaste blague (en gros, j'ai le choix entre "chicken" et "beef", tout le reste est en japonais). J'opte pour le chicken, on m'apporte une escalope insipide et trois frites molles dignes des pires cantines françaises. L'endroit me déprime, je m'en vais au bout d'un quart d'heure (plus tard, j'apprendrais que mon ryokan était juste à côté d'une petite rue pleine de délicieux restaus...plus tard). Frigorifiée, je fais le plein de KitKat à la fraise au combini (épicier) du coin et décide de rentrer au ryokan me coucher tôt. Je mets une heure à faire marcher le chauffage, je grelotte sous la couette, mon manteau sur le dos, la bouche pleine de KitKat rose. Tout à coup j'entends un bruit de pas. Je crois qu'un type est dans ma chambre, mais non, il a juste regagné sa chambre à lui, séparée de la mienne par une simple paroi de papier. Je me prends à rêver d'une chambre d'hôtel tout confort. Besoin d'un cocon protecteur. Grand moment de solitude.
Le lendemain tout va mieux, je suis d'attaque pour une journée toute neuve... et toute seule. Le matin je me balade dans Gion, où la rue principale est bordée de magasins d'artisanat. Je trouve une ceinture pour le kimono vintage que Mark m'avait rapporté (vous souvenez-vous de la photo ?), et des petits cadeaux à rapporter en France. J'entrevois une geisha :
L'après-midi je pars visiter le Palais Impérial. La visite guidée est à 14h, il faut impérativement demander une autorisation avant. Je pars trois heures avant, c'est à l'autre bout de la ville. Par je ne sais quel miracle, je parviens à trouver le lieu, obtenir l'autorisation et être à l'heure. Juste avant, je réussis même à me dégoter une soupe miso par un brusque changement de tactique : en gros, choisir à plouf-plouf un restau 100% japonais puis demander à la serveuse tous les plats jusqu'à entendre "soupe miso" et là dire "haï haï", ça marche vachement bien la preuve :
Ok j'ai encore droit à une escalope de chicken, mais bien meilleure que celle de la veille, c'est déjà ça.
Je trouve le Palais un peu vide mais très chouette :
Au retour, dans le bus qui me ramène à la gare, un détail me rappelle l'individualisme à la japonaise : ici, on a droit à un bouton de demande d'arrêt par personne, trop cool :
Mon voyage à Kyoto tire à sa fin. J'ai loupé plein de choses (le premier qui me demande si j'ai vu le sanctuaire de Lost in translation je l'efface !!!), Mademoiselle fera la grimace quand je lui dirais que j'ai aimé le Palais Impérial, mais ça n'a pas d'importance, j'ai adoré Kyoto et n'ai qu'une envie : y retourner.
Pour les plus téméraires :
Ryokan Sawai
4-320 Miyagawa-cho
Higashiyama-ku
Téléphone : 07-5561-2179
6 000 yens la nuit (38 euros), par personne.
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vendredi, 26 janvier 2007
Tokyo 2
Mercredi, je suis réveillée par la pluie, la ventilation de l'hôtel, le décalage horaire.
Je prends mon petit déj au Starbucks de Shibuya parce que la vue de la place de la gare y est imprenable (les deux photos de parapluies de Tokyo 1 sont prises de là).
Ensuite, destination Aoyama (pas très loin d'Omotesando), le quartier des boutiques de marques de mode raffinées. La veille en rentrant du restau Mademoiselle m'a signalé 2-3 boutiques fort dignes d'intérêt, dont Loveless, sorte de Colette nippon (3-17-11 Minamiaoyama).
Première digression : les adresses à Tokyo sont un enfer pour les occidentaux, et ne comptez pas sur votre guide Evasion pour vous expliquer quoi que ce soit. Le système n'est en effet pas fondé sur les rues mais sur les quartiers. Prenons Aoyama, Minamiaoyama pour être précis. Ce quartier est constitué de plusieurs blocs d'immeubles. Chaque bloc a un numéro, ce sera le premier de l'adresse. Ensuite, chaque batiment a un numéro. Ce sera le deuxième de l'adresse. Enfin, chaque appartement ou magasin a son propre numéro, ce sera le troisième de l'adresse. Ouf. Mademoiselle, tu confirmes ou j'ai encore rien compris ? Autrement dit, quand vous marchez dans la rue, vous pouvez rester dans Aoyama sur dix rues différentes. Ca rend la boutique Tsumori Chisato relativement difficile d'accès. Mais je l'ai trouvée ! Je vous donne l'adresse au cas où même si moi ça ne m'a servi à rien : 4-21-25 Minamiaoyama. Elle est super belle avec ses rideaux de cabines patchworkés et ses portants jaune citron.
J'ai adoré Aoyama. Je crois même que c'est mon quartier préféré. J'ai immédiatement été séduite par ses petites rues tranquilles, loin de la stridence de Shibuya ou de Shinjuku. Ici, tout ne semble que luxe, calme et volupté. Alors qu'en France le succès commercial d'une boutique peut se jouer à 20 mètres tant la visibilité est primordiale, à Aoyama il semblerait que le jeu soit plutôt de cacher sa boutique-cube au fond d'une ruelle semée d'habitations. L'ensemble dégage donc une drôle d'impression aérienne, on y respire comme nulle part ailleurs. Les marques françaises y sont présentes, comme partout dans la capitale :
Après avoir admiré le magasin Prada conçu par Herzog et de Meuron sous toutes les coutures en cours de merchandising visuel, je m'y suis bien sûr rendue assez fébrilement :
Elle est quand même drôlement forte cette Miuccia. Quand je suis allée à New York, le seul magasin que je voulais absolument voir était sa boutique de Soho. Quand un jour j'irai à LA, je courrai voir son Prada Epicentre. C'est la championne des magasins-musées.
Et ce titre est mérité. Le magasin d'Aoyama est somptueux. Très lumineux grâce à ses parois en pavés vitrés, l'intérieur est d'une blancheur immaculée (mais comment diable font-ils pour maintenir les épaisses moquettes blanches sans la moindre tâche ?). Le tout a un côté organique assez fascinant.
Juste à côté, le magasin Chloé est également à voir (celui de gauche, avec les barres de bois, au milieu c'est Cartier) : Enfin j'ai beaucoup aimé le magasin Comme des Garçons :J'ai pu y découvrir la ligne complète de Tao : Comme des Garçons Tricot. Le travail de l'assistante de Rei Kawakubo est très féminin, portable et délicat. Dommage que les prix demeurent si hauts !
A l'heure du déjeuner, Mademoiselle s'échappe de son bureau pour m'emmener déjeuner au Dragonfly, café super cool au dessus de Zucca (lire sa note pour plus de précisions).
Je décide de passer l'après-midi à Harajuku, le quartier estampillé "mode jeune" limitrophe d'Omotesando. En arpentant Takeshita Dori, je comprends que c'est le Camden local. Et je déteste Camden. Je ne dois plus être assez jeune. Mais la foule vaut le détour, essentiellement constituée de lycéens en uniformes :
Au bout d'Harajuku, juste à côté de la gare du même nom, je vais visiter le parc du temple Meiji :
Après mon overdose de magasins, l'odeur puissante de la végétation me fait le plus grand bien. Le contraste entre la trépidation urbaine et le silence de la forêt toute proche est saisissant.
J'achève ma virée shopping par ma visite de l'inénarrable 109, grand magasin phare de Shibuya (le batiment circulaire de la photo) :
Mademoiselle m'avait parié que je n'y tiendrai pas plus de 20 minutes tant le bruit y est assourdissant et la came de piètre qualité. Elle n'avait pas tort : j'ai déclaré forfait au bout du 7ème escalator. Ce qui m'a tout de même laissé le temps de vous dégoter un joli specimen de Shibuya girl (ultra-bronzée, ultra-maquillée, cheveux ultra-ondulés, ongles ultra-strassés... bref, le comble de l'élégance) :
L'entrée du batiment sert de point de rendez-vous. Là encore, on y croise pas mal de lycéennes. Leurs jupes plissées brusquement raccourcies ne manquent pas de me fasciner : ces jeunes filles se rendent-elles compte qu'en dépit de leurs jambes plutôt potelées, elles sont des fantasmes ambulants ?
Le soir je retrouve Mademoiselle pour aller déguster des brochettes dans un Yakitori. Soirée papotages de filles à fond les ballons, tant de choses à se dire qui ne passaient pas par mail !
Toutes mes excuses pour la mise en page de ce post trop touffue à mon goût, je m'arrache les cheveux avec les bugs d'Haut et Fort.
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jeudi, 25 janvier 2007
Tokyo 1
Je vais donc m'efforcer de vous raconter ma semaine de vacances au Japon.
Deux points en préambule.
Tout d'abord, il y a Mademoiselle. Petit rappel des faits pour les derniers arrivés. J'ai commencé ce blog en juillet 2005, ce qui fait de moi une assez vieille blogueuse, soit dit en passant. A ma deuxième note (au hasard, sur la mode des japonaises), je reçois un commentaire d'une certaine Miss Pink. Ce sera le début d'une relation épistolaire fournie, faite d'innombrables com', de mails longs comme le bras postés à un rythme soutenu et de réguliers chats sur gtalk. Quand finalement je décide de partir à Tokyo, je sais que mon choix est en partie guidé par l'envie de découvrir son Tokyo à elle, loin des touristes et des idées reçues de l'Occident. En même temps j'ai un peu peur : nous ne nous sommes vues que deux fois IRL (in the real life) auparavant, là je débarque, j'ai envie de passer du temps avec elle pour mieux la connaitre mais je ne connais pas ses plans, et puis surtout, demeure le risque d'être déçue, de ne pas retrouver la complicité de nos échanges virtuels.
Une semaine plus tard, toutes mes craintes se sont envolées. Pink et son petit ami m'ont accueillie divinement, ne comptant pas leur temps, déployant un max d'énergie pour me montrer tout ce qui serait susceptible de m'intéresser, s'adaptant à toutes mes exigences, tant alimentaires que modesques. Des guides précieux, doublés de tisseurs de souvenirs inoubliables (Pink la Dior addict allergique au vintage perdue dans Koenji, le quartier des puces, il faut le voir pour le croire). Bref, un très grand merci à eux, sans qui mon voyage n'aurait pas eu le même éclat.
Par ailleurs, je tiens à préciser que les notes qui vont suivre s'adressent plus aux personnes qui ne sont jamais allées au Japon qu'à celles qui le connaissent déjà. Il y a en effet fort à parier que ces dernières trouveront mes remarques très clichés, très fausses, ou très ennuyeuses. Tant pis ! Je vais en revanche essayer d'émailler mes notes d'infos pratiques utiles aux prochaines visiteuses (n'est ce pas Deedee ?).
***
Lundi 15, départ à 12h25, c'est parti pour plus de 12 heures de vol. Quand je ne dors pas, je me délecte d'Allo la terre ? Ici, Tokyo, un petit livre charmant écrit sous la forme d'emails très visuels par une française qui a vécu plusieurs années là-bas.
Arrivée mardi à 12h, fraiche comme un gardon. Je loue un téléphone à l'aéroport pour un prix modique et prends le Skyliner pour rejoindre le centre. Mademoiselle m'avouera plus tard que c'était pas ça qu'il fallait prendre, que le Skyliner c'est pour les pauvres, faut prendre le Narita Express. Ah bon. Moi je pensais que pour les riches c'était la Limousine, mais je n'avais encore rien compris (il y a un nombre incroyable de choses que je ne vais pas comprendre dans les prochains jours, je le sens), Limousine n'est pas une vraie limousine, c'est juste le nom d'une compagnie de trains. Ok.
En attendant, même le Skyliner est d'une propreté rutilante. Car voilà la première impression que me fait le Japon : tout y est propre. Mais pas propre à la française hein. Une propreté d'une nature différente, inconcevable à Paris, où les quais de RER sentent l'urine et où le ménage dans le métro se réduit à un coup de balai une fois par jour. Au Japon, la propreté des lieux publics me semble du niveau de la propreté de l'intérieur des maisons françaises. Du coup, je n'ose même pas imaginer comment c'est chez eux ! Je commence à avoir légèrement honte de mon pays. Cette sensation ne va guère me quitter les jours suivants.
Je suis immédiatement séduite par mon hotel. La chambre est petite mais très confortable, l'accueil est chaleureux (même si l'anglais, comme partout au Japon, reste très approximatif), la déco contemporaine et surtout l'emplacement idéal : je suis derrière la gare de Shibuya, en plein centre. Le tout pour environ 10 000 yens la nuit (65 euros), je m'en tire bien grâce au premier bon plan de Mademoiselle.
Je pars me balader. Je découvre le cinégénique Shibuya :
Ca grouille de monde, je comprends vite que je suis dans l'équivalent du West End londonien. Une chose surtout me frappe : la cacophonie ambiante. Pour attirer l'attention, c'est à l'écran géant qui braillera le plus fort.
Vertige.
Fuir vers Omotesando, où Mademoiselle m'a donné rendez-vous quelques heures plus tard.
Pour cela, une seule solution : demander mon chemin aux passants. Je ne connais pas encore le mot magique (Sumimasen, excusez-moi, prononcé soumimassène), mais la patience et le dévouement des japonais m'impressionnent : on me dessine des mini-plans, on me donne de longues indications en japonais auxquelles je ne comprends pas un traitre mot mais c'est pas grave, je suis leurs gestes et leur rend leurs sourires en penchant le buste. J'adore ce geste. Je l'adorais déjà à Paris, sincèrement. On sent un tel respect de l'autre dans ce mouvement simple si peu français, une extrême politesse dépourvue d'affectation. Je l'adopte immédiatement (j'aurai même du mal à m'en débarasser de retour à Paris, c'est dire).
Je finis par tomber sur Laforêt, le grand magasin dont on m'a tant parlé :
J'entre et là je me prends mon premier choc fashion dans la figure. Le moindre t-shirt est à plus de 10 000 yens (65 euros donc, vous vous rappelez, le prix de ma chambre), cela même s'il ne s'agit pas d'une marque importée. Pourtant rien ne me semble de très bonne qualité. Les stands ont des noms français ridicules (Pas de Calais, A mon avis, Bulle de savon) et les vendeuses me hurlent dessus (irashaimasééééééééééééé, bienvenue), mais on m'avait prévenue. Non, ce qui me gêne le plus, c'est de découvrir que le rapport qualité-prix est bien moindre qu'en Europe, et que le style des vêtements est le même sur tous les stands : du jersey informe partout, partout, partout. J'essaie tout de même de ne pas tirer de conclusions hâtives.
Sur Omotesando, large avenue très agréable pavée de magasins de luxe, un pélerinage s'impose :
Toutefois, en dehors des mastodontes, j'ai du mal à croire que tous les magasins sont rentables. On sent en effet chez certains percer l'orgueil de posséder un immense point de vente à côté des plus grands. Quid par exemple de Marina Rinaldi : j'ai beau chercher, j'ai bien du mal à voir des japonaises taille 44 autour de moi. La cellulite ici, connais pas.
Mademoiselle et Monsieur m'emmènent dans un délicieux restau à l'atmosphère très zen. Je suis épuisée, fin de ma première journée.
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